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Depuis quelques semaines, on parle un peu partout des fameux masques N95. Que ce soit parce qu’on craint une pénurie, parce qu’on s’intéresse à la façon de les désinfecter ou de les réutiliser ou encore parce qu’on se demande à quoi ils servent vraiment, force est de constater que ces masques font couler de l’encre! On a profité de l’occasion pour poser quelques questions à Stéphanie Hamelin, enseignante au sein du programme Environnement, hygiène et sécurité au travail au cégep de Saint-Laurent, pour tenter de démêler un peu tout ça. 

Stéphanie Hamelin

Stéphanie Hamelin

Enseignante

Stéphanie Hamelin est spécialiste en microbiologie, des risques biologiques de l’écotoxicologie, des analyses environnementales de contaminants (chimiques et biologiques) et des procédés de traitements biologiques. Détentrice d’un doctorat en biogéochimie et écotoxicologie aquatique (UQAM-UdeM) et d’une maîtrise en microbiologie de l’eau (UQAM), elle enseigne au cégep de Saint-Laurent depuis plusieurs années.

Bonjour Stéphanie. Peux-tu nous expliquer ce qu’est le masque N95 et ce qu’il a de particulier?

Le masque N95 bloque 95% des particules mesurant plus de 0,3 µm présentes dans l’air respectant ainsi une norme de la National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH). Pour porter la mention N95, le masque doit avoir subi une procédure de certification. Bien que le coronavirus causant la COVID-19 soit plus petit que 0,3 µm, il est transporté par de fines gouttelettes de salive qui se retrouvent dans l’air en raison d’une toux ou d’un éternuement, par exemple, et la taille de ces gouttelettes est majoritairement supérieure à 5 µm, d’où l’intérêt pour le personnel médical de porter un tel masque dans le contexte actuel.

Cela dit, en temps normal, le N95 et ses variantes R95 et P95 ne sont pas réservés au domaine de la santé. Ils servent dans tous les milieux de travail où il y a une exposition à des particules aéroportées qui posent un risque pour la santé (poussières fines venant du sablage, fumées de soudage, aérosols venant des fluides de coupe dans les ateliers d’usinage, bioaérosols dans les centres de compostage, etc.). Une des tâches d’un technologue en Environnement, hygiène et sécurité au travail (EHST) est justement d’évaluer si le port d’un équipement de protection individuel (ÉPI) est nécessaire, et si oui, lequel. Le masque N95 ne répond pas à tous les besoins, loin de là!

Mais si on porte le bon masque, notre sécurité est assurée?

Oui, si… on l’utilise correctement! Il y a des procédures pour bien le placer sur son visage, pour l’enlever sans se contaminer, etc. Un masque N95 mal ajusté, ça ne sert à rien! L’élaboration de procédures et la formation des travailleurs et des travailleuses sont d’autres activités très importantes qu’un technologue en EHST doit savoir faire. Ça prend des connaissances techniques bien sûr, mais aussi de bonnes habiletés de communication. Comme lorsqu’il faut expliquer à un barbu que sa pilosité est incompatible avec le masque!

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On parle de risque de pénurie des masques N95 en ce moment. Est-ce que d’autres masques pourraient fournir une protection équivalente?

Il existe trois catégories de masques filtrants contre les particules : les N (ne résistent pas à l’huile), les R (résistent à l’huile) et les P (à l’épreuve de l’huile). Le chiffre qui suit correspond au niveau d’efficacité:

  • 95 = 95%
  • 99 = 99%
  • 100 = 99,97%

Il existe donc plusieurs autres masques qui fournissent une protection équivalente ou supérieure, mais ils sont pour la plupart aussi en grande demande en ce moment.

Les masques de procédure (aussi appelés masques chirurgicaux), eux, n’offrent pas le même type de protection. Ils ne sont pas aussi étanches et ils peuvent seulement bloquer les grosses gouttelettes émises lors d’une toux ou d’un éternuement. Dans mes cours, j’explique qu’en gros, les appareils de protection respiratoire comme le masque N95, servent d’abord à protéger celui qui le porte alors que les masques de procédure sont plutôt utilisés pour protéger les autres (en bloquant l’émission de gouttelettes de salive dans l’air). C’est pour cela que l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) recommande que les patients se présentant à l’hôpital avec des symptômes de la COVID-19 portent un masque de procédure.

Dans un contexte de transmission communautaire soutenue, comme que c’est actuellement le cas au Québec, ce masque est aussi requis pour tous les travailleurs de la santé qui côtoient ces patients à moins de deux mètres. Les masques N95 sont plutôt réservés à la protection du personnel devant faire des interventions médicales générant des aérosols (très fines gouttelettes, tel que celles générées lors l’intubation d’un patient). Une protection oculaire s’ajoute à cela, puisque les yeux sont considérés comme une voie de contamination.

Quel est le rôle d’un technicien ou d’une technicienne en environnement, hygiène et sécurité au travail dans un contexte de pandémie? 

Cela dépend du poste qu’il occupe et de l’entreprise ou de l’organisation pour laquelle il travaille. Par contre, peu importe son emploi, le propre du métier de nos technologues, c’est de veiller à établir et à maintenir un environnement de travail sécuritaire, libre de contaminants. Savoir conseiller les gens sur l’utilisation des équipements de protection individuels, tel que les masques N95 ou autres, est une des nombreuses expertises acquises par les finissants de notre programme de formation et qu’ils utilisent pour faire en sorte qu’une personne ne mette pas en jeu sa propre santé pour faire son travail, même ceux et celles qui sont sur la ligne de front dans la lutte à la COVID-19. 

Chose certaine, le taux ce placement des technologues en Environnement, hygiène et sécurité au travail était déjà excellent avant la COVID-19, et le contexte actuel ne fera qu’accentuer la demande des employeurs pour ces spécialistes.

Le programme Environnement, hygiène et sécurité au travail reçoit actuellement les demandes d’admissions à la session d’automne 2020. Faites votre demande dès aujourd’hui!